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Qui peut dire qu'il est tel qu'il a été, il y a 5 ou 10 ans? Rien n'est donc plus difficile que de se définir, car la personnalité est un critère mouvant. La vie faite de souffrances, de joies et de découvertes se charge de la façonner. Nous sommes tous des êtres en perpétuel devenir, guidés par des valeurs immuables mais par des aspirations ou des goûts fluctuants.
J'ai toujours aimé marcher, mais ce n'est que depuis une dizaine d'années que cette activité a pris une importance presque vitale.
J'aime aussi lire, écouter de la musique, je n'en joue plus. J'aime aussi créer de mes mains et rêver...
Demeurant près de Strasbourg, les randonnées présentées dans ce blog sont effectuées dans les Vosges et en Alsace. A la fin de chaque article, l'itinéraire est succinctement décrit. Néanmoins, la carte IGN reste l'outil indispensable pour visualiser précisément le parcours.
Aujourd'hui, j'irai au dessus des nuages chercher le soleil et la neige, la neige où j'y laisserai ma trace.
J'éprouve peu de difficultés à dépasser les brumes denses ramassées en fond de vallée. En moins de vingt minutes j'en viens à bout. Mais le chemin, lui n'est pas si facile à convaincre.
De Rothau à la cascade de la Serva, il ne chemine que sur l'ubac de la montagne.
Je me languis du soleil qui inonde le versant d'en face, l'adret d'un autre sommet.
La montée est douce mais froide, humide et jonchée de feuilles pourries. Déserte aujourd'hui et probablement depuis longtemps: parfois une empreinte de pas, imprimée dans une flaque ou dans l'enflure de l'accotement.
Pour atteindre la cascade il faut quitter la piste et prendre un petit sentier qui serpente sous couvert de grands arbres. Du gros sel, jeté à la volée, pétrifié, craque sous mes pieds.
Crac, crac, à chaque pas. Mes chaussures croquent le chemin en y laissant le moulage léger
de la semelle. Je rencontre bientôt d'autres empreintes dans le court raidillon qui mène au sommet de la chute.
Chaque mètre de dénivelée épaissit le tapis durci par le froid où je m'enfonce à peine.
Et le petit lacet, est avalé par un grand chemin: ici les marques se croisent, se tressent, se côtoient, se confondent. Toutes sortes de marques, embrouillées,
désordonnées: La neige se souvient de tous ceux qui sont venus, mais sa mémoire me restitue en bloc, comme dans les rêves, tous ces passages successifs étalés dans le
temps.
Ces souvenirs gravés sont bien commodes, ils rassurent quand on ne voit plus sous ses
pieds le parcours. A part celles des animaux, ces traces mènent forcément quelque part : il suffit de les
suivre !
Commodes, non, finalement pas toujours, lorsqu'à une bifurcation mal balisée la procession ne se dirige pas dans la direction qui est la vôtre ! Il faut résister à l'envie de suivre la masse, avoir le courage de quitter les sentiers battus et prendre les chemins de traverse.
C'est ce que je fais en m'esquivant dans la pente à la poursuite d'une trace esseulée dans la profonde sur un layon incertain embusqué sous les branches d'arbres taquins qui agrippent au passage mon sac avant de déverser des paquets de neige dans mon col. Pour économiser mon énergie, j'utilise la fatigue de mon prédécesseur en mettant mes pieds dans ses pas.
Nouvelle intersection, nouveau dilemme. Je traverse un boulevard. Circulation intense, cortège silencieux de traces variées: sceau des raquettes et des chaussures, rails parallèles de skis de fond encadrés des rouelles alternées des bâtons, moulages de pattes de chiens et sabots de biches.
Ici encore je dois renoncer à suivre le gros de la troupe. On ne trouve sur le sentier
"croix jaune" que je dois poursuivre qu'un élégant sillon discret, atténué par le vent et la neige tombée des branches. Mon sillage est un massacre, même les sangliers font mieux ! Régulièrement
mon chemin est coupé par un pointillé marquant
le passage d'une biche ou d'un
lièvre.
La Selva s'annonce : L'affluence du week-end a transformé la poudreuse en une couche dure comme du glaçage de pains d'épices. Piétinée, meurtrie, uniforme, balafrée par les patins de luges et estampillée de la semelle des après-skis.
Traverser la route verglacée relève de la technique du patinage que je ne peux rendre artistique. Je manque me casser la figure !
Poursuivre
dans la forêt par le parcours de "l'Edelweiss" parce qu'en hiver, pour les skieurs de fond qui ont l'âme bucolique on baptise les sentiers de
randonnée.
Attention, ici, ce sont les Champs Elysées: piste large de quatre
mètres, tassée, parfaitement nivelée. D'un coté, deux rails tracés à la machine, de l'autre les cannelures de la dameuse et au centre les stries en épi des adeptes du skating. Au regard furibond
que me lance le skieur que je croise, je comprends que les marcheurs doivent se contenter de la berge et s'y enfoncer jusqu'au genou. Mais après tout, ce chemin avant la venue en masse de ces
patineurs, était bien celui des randonneurs; alo
rs, j'entends bien le faire savoir en marquant mon territoire par le tampon de mes semelles.
Le petit sentier se dérobe quelques kilomètres plus loin. Fini le tracé policé, on se retrouve entre sauvages. Sillons grossiers, neige chahutée, traces brouillonnes qui louvoient entre les rives joufflues.
Col de la C
harbonnière, direction Bellefosse. La couche mincit facilitant la marche.
Avant le village je perds les balises et je m'aventure dans un sentier qui se meurt entre
les arbres. Pour économiser une remontée, je me lance dans une traversée à flanc de coteau jusqu'à buter sur un grillage interminable qui m'oblige à revenir sur mes pas. Plus de chemin et plus de
neige. Plus de trace, donc plus de souvenir de mon passage. Je finis après vingt
minutes
d'improvisation par retrouver une laie qui me ramène à Bellefosse.
Arrivée à Saint Blaise la Roche avec un peu de retard, je loupe mon train de dix minutes. Devant la perspective d'attendre deux heures le suivant dans le froid, nécessité faisant loi, je me résigne à faire du stop avec la vague crainte de disparaître sans laisser de traces...
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Lundi 8
Décembre
Itinéraire "Le Ban de la Roche"
Départ: Rothau
- Rothau - Neuwiller la Roche - Cascade de la Serva - La Serva: balisage triangle
jaune
- La Serva - Col de la Charbonnière - Bellefosse:
balisage croix jaune
- Bellefosse - Saint Blaise la Roche: balisage croix bleue
Arrivée: Saint Blaise la Roche
Total: 24 kilomètres; Dénivelée: 650 m
Carte IGN: TOP25 3716 ET et TOP25 3617 ET
Conseil: On peut laisser la voiture en gare de Rothau ou Saint Blaise la Roche qui sont desservies par le TER de la ligne Strasbourg - Saint Dié.
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